Graines de troc : échanger des graines pour jardiner

Avr 6, 2015 | 8 commentaires

Je t’avais déjà rapidement présenté Graines de Troc en te proposant quelques astuces pour fleurir ton balcon à moindre frais.

Aujourd’hui, Sébastien, créateur du projet, a accepté de répondre à mes questions. Découvre son chouette site d’échanges de graines, les valeurs qui s’y associent ainsi que quelques astuces pour créer tes graines et jardiner en ville !

Pour ceux qui ne connaissent encore pas ton projet, peux-tu nous expliquer le fonctionnement de graines de troc ?

Graines de troc est d’abord une plateforme d’échange de graines, gratuite, entre jardiniers. Le site propose une manière de partager les graines, à l’aide d’un jeton qui facilite grandement les échanges.
Vous devez proposer vos semences disponibles, avant de recevoir les premières demandes. A vous alors, d’envoyer les graines aux destinataires. Dès réception, vous récupérerez vos premiers jetons.
1 jeton permet d’obtenir une variété, 2 jetons = 3 variétés.
Le site regroupe plus de 4000 troqueurs, une collection commune de près de 3000 variétés disponibles, et compte plus de 12000 échanges depuis son lancement en 2012.
Mais nous accompagnons cet outil d’un relais des trocs locaux, de conseils sur la reproductions de semences, d’une veille sur l’actualité.
C’est aujourd’hui aussi une association qui incarne ses valeurs localement dans des projets de sensibilisation à la biodiversité. Nous avons par exemple deux projets en cours : les grainothèques, qui essaiment déjà dans une centaine de lieux en France, et auprès des enfants, par une véritable opération de conservation variétale de tomates, et des projets de jardins, et de petites fermes, dans les écoles rochelaises…

Garder des graines pour fleurir son balcon écologiquement
Pour toi, quelles sont les différences essentielles entre ce système de troc et le fait d’acheter des graines à des associations, des maraîchers qui défendent la diversité des semences ?

Il s’agit d’une part, de pouvoir participer depuis son jardin à la défense de la biodiversité, mais d’autre part a gagner en autonomie, en réapprenant à produire ses graines. C’est évidement un moyen de réduire la facture annuelle d’achat de semences. Le but n’est pas non plus de ne plus recourir du tout aux grainetiers, dont certains font un travail remarquable, et partagent leur savoir-faire, mais bien d’offrir une alternative aux vendeurs d’hybrides F1, qui bradent notre héritage et notre bien commun, sans se soucier de notre environnement. Une erreur commune à éviter, ils ne faut pas récupérer les graines de légumes produits par des maraichers, même bio, même en AMAP, qui recourent fréquemment aux hybrides F1, et qui même sans cela, ne pratiquent ni sélection, ni contrôle de pollinisation sur les légumes qu’ils vendent.
Et sinon, nous mettons bien sur en avant, au travers d’une carte des acteurs locaux, le travail d’initiatives, associations, grainetiers et maraichers, qui sont parfois obligés de braver les interdits, pour reproduire les semences, et pour en vivre, les vendre.

Quelles sont les graines les plus prisées sur le site ? Y a t’il une période de l’année où les échanges sont plus nombreux ?

Les plus prisées sont évidement les tomates, mais c’est relativement bien équilibre. Même les graines les plus communes des uns restent rares pour d’autres…
Ce qui est sur, c’est que de février à mai-juin, le site connait une forte période d’activité avec plus de 500 échanges vivants en permanence.

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Je ne sais pas produire mes propres graines, où puis-je trouver des informations faciles d’accès ?

Sur le site, pour les espèces les plus communes, vous trouverez les conseils de reproduction des semences directement sur la fiche de la variété en question. Ces conseils simples sont autant d’invitations à aller plus loin, dans la qualité, et dans la rigueur de reproduction et de conservation des variétés… Pour aller plus loin, j’aime beaucoup le livre “le plaisir de faire ses graines”, qui parle de l’essentiel ‘plaisir’ que cela procure et qui nous pousse à en savoir toujours un peu plus :)  Les ateliers et les trocs locaux que nous relayons sont de bonnes occasions de se former rapidement aux bases de la reproductions de semences. De toutes les manières, il faut y aller progressivement, et commencer par les plus simples, tomates, haricots, salades, et ne pas croire qu’on va être autonome du jour lendemain. Au travers de l’association, nous proposons une démarche collective enthousiaste, pour se sentir moins seul dans cet apprentissage.

Un petit exemple ?
Prenons celui de la salade… Vous avez deux salades.. une belle grosse laitue bien appétissante, et une autre, qui commence à monter en fleurs …
Sachant que les laitues sont une espèce réputée facile pour reproduire les graines, qu’elles sont autogames, et ne se croisent pas entre elles..
Allez vous récupérer les graines faciles de cette laitue qui monte au premier manque d’eau ? Ou allez vous vous serrez la ceinture et vous abstenir de manger cette laitue idéale ?
Une chance, on peut même manger cette laitue idéale si on lui laisse un gros trognon, afin qu’elle reparte, nous faire ses graines…

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Est-il possible de produire des graines sur un balcon ? N’y a t’il pas de risques d’hybridation dans un espace aussi restreint ?

Je dirais au contraire : une plante sur balcon est souvent mieux isolé d’une autre variété d’une même espèce que dans des parcelles de jardins familiaux. De plus, les risques d’hybridation, (de croisement extra-variétale), sont plus facilement gérable lorsqu’on a les plantes sous son nez…  Mais le problème de conservation de semences ne se situe pas forcement la. D’une part, il y a la sélection des portes graines. Plus on a de sujets, mieux on sélectionnera meilleurs les portes graines. Le nombre permet également un meilleur brassage génétique.
Il y a donc moins un problème d’hybridation que de perte de richesse génétique lié au faible nombre de porte graine, mais, tout en devant en être conscient, on peut tout de même compter sur la puissance de la nature et dans un soucis d’autonomie, utiliser nos graines même si elle ne sont pas parfaites, et recourir aux semenciers militants pour ré-enrichir nos jardins d’une biodiversité de qualité.
Il faut aussi avoir la rigueur de conserver le nom de la variété de la graine à la graine, et si on ne sait pas, d’où vient la graine de ce qui pousse dans notre balcon, il vaut mieux s’abstenir de les réserver aux échanges, mais plutôt pour nos propres tests.

Où trouver des informations faciles d’accès pour ramasser des graines de plantes sauvages sans nuire à la nature – plantes protégées, quand les ramasser, seulement une partie… ?

Cela implique une bonne connaissance botanique pour connaitre les plantes protégés, ou bien respecter des principes forts et surtout s’abstenir de cueillir les plantes… Je pense qu’on peut respecter facilement les plantes sauvages en ne prélevant qu’une petite partie des graines. Il est évidement inutile de prélever si les semences ne sont pas mures. Il faut savoir aussi qu’il y a beaucoup de plantes donc les graines sont matures de manière échelonnées. On peut donc essayer de repérer les graines mures lors de notre passage, et ne surtout pas détruire la plante qui continue à produire ses graines. De manière générale, il faut éviter de cueillir la plante. On peut aussi s’essayer à la bouture.

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Notre challenge porte actuellement sur l’autonomie alimentaire partielle et les plantes sauvages comestibles en accès pour les citadins. Pouvons trouver de quoi semer chez graines de troc sur nos balcons et fenêtre ? As-tu quelques conseils à nous donner ?

Pour les plantes comestibles en milieu urbain, il faut veiller à la pollution, qui transite principalement par le sol et par l’eau, plutôt que par l’air contrairement à ce qu’on pourrait penser. Si le sol et l’eau sont sains, alors après, je crois que la richesse de nos terroirs locaux est telle qu’ils regorgent de plantes comestibles en tout genre, et qu’il faut absolument apprendre à les connaitre via les ballades découvertes organisés en tous lieux. Lorsque j’étais à paris 18ème, mon défi sur mon balcon exposé au nord, était pour moi le manque de lumière, et le vent. La luminosité peut être franchement amélioré avec une surface blanche ou réfléchissante derrière la plante. Ensuite, j’avais installé un plexiglas pour couper le vent, et je paillais mes jardinières pour réduire l’évaporation. Et bien j’avais de très belles tomates ! Quelques laitues, des aromatiques, des fleurs… Ça peut être très productif un balcon.
J’avais aussi un lombricoposteur dans ma cave, qui me permettait d’alimenter mes jardinières en lombricompost, et lombrithé, et m’évitait le recours à tout intrant extérieur.
Coté graines, j’avais surtout sélectionné les variétés qui donnaient bien en pot plutôt qu’en pleine terre.

Petits liens qui vont bien pour aller plus loin :




jardinage-en-ville-clementine-la-mandarine challenge-jardinage-et-cueillette-sauvage-en-ville-clementine-la-mandarine un-an-de-lombricompostage-clementine-la-mandarine

8 Commentaires

  1. Bonjour, j’aime beaucoup cet article !
    J’ai une amie en Corrèze qui fait partie d’une association de jardinier. Ils se retrouvent une fois par mois, ils s’échangent des graines, ils tentent des choses. Et une fois par an ils organisent une journée où ils présentent leur production, et ça c’est super chouette. On retrouve de plus en plus de légumes anciens grâce à eux, et on peut leur acheter des graines ou des plants. Ils nous proposent aussi des recettes avec ces légumes et ces fruits qu’ils ont cultivé.
    J’aime beaucoup ce genre d’initiative, du coup Graines de Troc ça me plait bien, et je vais garder ça dans un coin de mes notes “pour plus tard”, car je compte bien essayer de planter mes propres légumes quand je pourrai quitter mon studio. :)

    Réponse
    • Je te souhaite d’avoir très vite accès à un balcon ou un jardin pour te lancer :)
      Merci pour ton témoignage sur l’association de jardiniers !

  2. Wouah, c’est super comme idée ! Pour l’instant soit j’achetais mes graines chez kokopelli soit je récupérais des graines dans mes produits bio mais le résultat est parfois aléatoire.

    Rien à voir mais je voulais partager avec toi aussi la germination en boîte d’œuf : il s’agit de mettre tes semis à démarrer dans de vieilles boîtes d’œufs (2-3 graines par poquets). une fois la plante levée, tu peux réimplanter directement la plante avec le compartiment d’œuf ! Cela permet un bon démarrage de la plante et ne nécessite pas d’acheter de poquets ;-)

    Réponse
    • Merci Christine pour ton astuce. Je l’avais partagé l’année dernière d’ailleurs, et je suis comme toi, adepte de cette méthode ☺
      D’après les dires de Sébastien, les produits bio que nous achetons sont des hybrides F1. Je ne sais pas en quoi cela est gênant, mais à priori, ça l’est !

  3. C’est une super initiative. Ici dans ma campagne on échange surtout les plants levés, on se refile nos surplus, c’est une façon de mutualiser les efforts. D’ailleurs il faut que je m’y mette là, il est temps !

    Réponse
    • Les échanges directs, de cette façon, ça doit être chouettes ☺ Merci pour le partage de ton expérience !

  4. j’ai du mal à comprendre comment pratiquement proposer des graines : à qui les envoyer? Comment échanger? Pardon d’être arriéré en matière d’Internet, mais je m’efforce de progresser…
    Je suis depuis deux ans en permaculture comme vous le constaterez sur mon site. Les graines que je proposerai sont donc bio ou jamais!
    Merci de votre réponse par mail svp!

    Réponse
    • Je ne réponds pas mail, afin que chacun puisse bénéficier de la réponse ;-)
      Pratiquement, tu crées un compte, tu listes tes graines disponibles. Des gens te demanderont de leur en envoyer. A chaque envoi, tu gagnes un jeton, qui équivaut à la possibilité de demander un sachet de graines, à qui tu le souhaites. Ce ne sont pas des échanges entre deux personnes, mais sur l’ensemble de la communauté. J’espère que tu y vois maintenant plus clair ☺

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